Fusion des collectivités : réponses de Normands
La commision des lois de l'Assemblée nationale a voté à l'unanimité un rapport sur le rapprochement des collectivités. Avis partagés chez les élus normands.
Laurent Beauvais, président PS de la région Basse-Normandie, à Bruxelles hier, est en colère : « Je dis halte au feu. Un peu de sérénité. Je reste favorable à la réunification des deux Normandie sur laquelle nous attendons une réponse claire du gouvernement.
« Au lieu de quoi, elle est de plus en plus floue. Mais qu'est que c'est que tous ces rapports qui sortent un peu partout et parfois se contredisent et deviennent illisibles. Même M. Balladur, élu du 15e arrondissement de Paris, va se mêler des régions.
« Alors que nous, présidents de Région, nous ne sommes pas consultés. Pendant ce temps, nous avons les mains dans le cambouis, à préparer des politiques à moyen et long termes et notre budget 2009. Qu'on nous laisse travailler dans la sérénité. »
Philippe Duron, député-maire PS de Caen et ancien président de région : « Encourager la fusion département¯région est une ineptie politique. Élus de la région, les conseillers généraux risqueraient de tirer la politique régionale vers leur canton.
« Nous avons besoin de renforcer les régions trop petites comparées aux autres pays d'Europe. Les Asturies en Espagne, même population que la Basse-Normandie, ont un budget dix fois plus important et cinq fois plus de compétences.
« On sent à travers ce projet la volonté politique de Nicolas Sarkozy de reprendre le contrôle des régions perdues par la droite en 2004.
« Réunir la Haute et la Basse-Normandie est sur le papier le projet le plus facile, car nous avons déjà beaucoup travaillé ensemble. Mais attention à la marche forcée. Une période d'adaptation est nécessaire. Nous avons besoin de nous faire confiance.
« Je ne veux pas d'une fusion¯absorption. Il faut prendre des précautions, notamment pour le statut des grandes métropoles. Pour nous, il n'est pas concevable que Caen ne soit pas la capitale d'une Normandie réunifiée.
« Et comment cette fusion sera légitimée ? Par un vote des cinq conseils généraux ? Ou par une consultation de tous les habitants. Je suis partisan de la deuxième solution. »
Alain Lambert, président UMP du conseil général de l'Orne « n'a pas d'a priori. Il faut d'abord dresser deux colonnes des avantages et des inconvénients et faire une analyse objective en essayant de se soustraire à toute influence affective.
« Dans ce type de dossier, on risque toujours d'avoir des réflexes localistes. Il faut surtout se poser la question de savoir si la Normandie réunifiée atteint la taille critique.
« J'ai déjà signé un rapport il y a six mois sur l'évolution des collectivités locales. On avait alors déjà vu se dessiner des couples communes ¯ communautés de communes et départements ¯ régions. »
François Digard, maire UMP de Saint-Lô et conseiller régional d'opposition. « Parmi les pistes qui sont lancées il y en a quelques-unes qui me paraissent crédibles et qui seront sûrement acceptées par la population.
« Par contre, dans les modalités, il y aura peut-être quelques grincements de dents chez les élus. Le couple commune¯communauté de communes est à renforcer fortement, ainsi que celui Région-Département.
« Il faut que chaque collectivité s'en tienne à son périmètre de compétences. Après un manque de courage politique depuis des décennies, l'heure a sonné d'avoir le courage de le faire ».
Recueilli par Nicolas DENOYELLE, Éric de GRANDMAISON, Jean-Christophe LALAY et Xavier ORIOT.
Ouest-France